Embracelet
Un bildungsroman vidéoludique

Décrire la fin de l’adolescence et le cheminement vers la maturité n’est pas simple. Cette période où l’on n’est ni enfant, ni entièrement adulte est marquée par des sentiments complexes. L’envie d’avoir plus d’indépendance est souvent assombrie par une peur des responsabilités, doutes et inquiétudes. La soif de connaitre son soi et souvent en compétition avec un profond besoin de se sentir compris et aimé.
Le bildungsroman – un genre littéraire originaire d’Allemagne, également appelé « conte initiatique » ou « roman d’apprentissage », décrit cette période parfaitement. Le schéma habituel est celui d’un jeune héros qui part explorer le monde en quête des réponses sur la vie et sur sa place dans la société. D’abord en opposition avec cette dernière, il finit par l’accepter après plusieurs épreuves et luttes intérieures. Le bût étant de grandir et de trouver une harmonie entre son soi et le monde extérieur.
Embracelet est justement ceci – un bildungsroman vidéoludique, l’œuvre du développeur norvégien Mattis Folkestad. Il raconte l’aventure de Jesper, un jeune garçon de 17 ans qui se fait confier par son grand-père un bracelet magique et une mission importante. Il doit le ramener là où il a été trouvé il y a des années, à Slepp, l’île natale du grand père. A partir de là, un voyage onirique commence.

Jesper sera amené à découvrir le secret que son grand-père a emporté dans sa tombe, ainsi que l’histoire derrière l’origine du bracelet. Mais pendant sa quête, il fera également des rencontres, notamment celle d’une fille et un garçon de son âge : Karoline et Hermod. Ensemble, ils se poseront des questions sur la vie, sur leur place dans le monde et sur leur rôle à jouer dans la société. Derrière une histoire de bracelet magique, il y a des sujets plus profonds, écologiques et humains : la mise en danger de la nature par la course vers le profit, l’importance de la préservation de l’environnement et de la culture, les dégâts que peut causer la fermeture d’une usine dans un petit village (ou île, dans le cas présent), le désert économique, etc.
Embracelet m’a fait penser à un Life is Strange épuré, façon scandinave. De la même manière que le bracelet magique attirait Jesper vers un endroit mystérieux, le jeu m’a entraîné dans son histoire et je me suis retrouvée rapidement séduite. Je me suis vue voyager dans le nord de la Norvège, mais également dans le temps. Ce temps de fin d’adolescence, où l’on ne sait pas encore ce que l’on veut devenir, où l’incertitude se mêle à l’espoir. Ce temps d’insouciance et de bonheur simple, où l’on cumule regrets amers et merveilleux souvenirs.
Ne vous laissez pas trompés par des graphismes qui peuvent paraître simplistes. Au contraire, c’est là que réside toute la beauté d’Embracelet. Les décors en 3D low poly (polygones peu détaillés), participent à un esprit épuré – cette même simplicité que l’on peut retrouver dans certaines créations d’animation. Ce style a déclenché en moi une émotion esthétique semblable à ce que j’ai déjà pu ressentir devant certaines oeuvres d’art contemporain nordique. Sans oublier que le choix graphique laisse la possibilité de se concentrer sur les couleurs, plus que sur les formes.
Il y a un vrai travail sur l’ambiance visuelle. Si le jeu commence dans un décor citadin grisâtre, la colorimétrie change dès que l’on arrive à Slepp. On est désormais entourés par des paysages verdoyants, la mer est d’un bleu calme et le ciel se décline en mille couleurs, selon le temps de la journée.



Le créateur d’Embracelet, Mattis Folkestad, a tout fait pour instaurer une ambiance unique. La bande son mélancolique, principalement composée des mélodies originales au piano, est douce et agréable. A défaut d’un photo-réalisme dans les graphismes, le développeur s’est beaucoup investi dans les multiples plans caméra qui enrichissent le jeu en lui rajoutant une touche cinématographique. Enfin, les environnements d’une simplicité reposante, les dialogues fins et intelligents et la narration ponctuée par des casse-têtes m’ont permis de m’évader pendant quelques heures. Au final, je me suis laissée bercée volontiers par le rythme poétique d’Embracelet. Une belle découverte.
Et n’oubliez pas le petit plus : dans Embracelet, vous pouvez caresser le chien !



